À propos de...

Virginie Troussier

Un extrait du Duetto Sylvia Plath :

« Elle aimait la vie, et certainement trop. Elle savait lui rendre hommage, apprécier les bonheurs. Elle rêvait de gonfler chaque seconde, de l’emplir à craquer. Elle cherchait à conquérir la plus grande densité. Elle voulait une existence gorgée. Être soi-même comme un arc bandé, nerfs luisants, œil bombé, pouls frénétique, papillon de sang qui danse : passer tout entière, dans une parole, un geste, et en faire un éclat, un luxe somptueux. Je ne la voyais pas faible. Mais souvent, en demeurant trop entier, trop engagé, on se heurte aux brèches de l’absolu. Chez Sylvia, il y avait trop de lucidité, une brillance, une vision qui ne pouvait pas correspondre à une réalité vivable, et qui amène véritablement à la faille.  C’était une lucidité mélancolique, qui agissait comme une brûlure, une décharge électrique de la folie. On le note précisément dans son dernier recueil, le plus beau, le plus éblouissant : Ariel. C’est un recueil qui mêle une magie incantatoire et un exigeant désir d’absolu. Elle n’est plus à l’orée du basculement, elle est elle-même au cœur du principe cyclonique. Elle écrit alors pour fusionner avec la combustion. Ariel est une invitation au voyage intérieur, une plongée dans les obsessions de chair et d’os, à la fois sombres et voluptueuses, libres et blanches. »