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Photo : Claude Godfryd

Photo : Claude Godfryd

 

Marc Alpozzo

Écrivain et critique littéraire, Marc Alpozzo est l’auteur de deux recueils de textes critiques « La Part de l’ombre » (2010) et « Les Âmes sentinelles » (2011), et d’un récit philosophique « Seuls, Éloge de la rencontre » (2014), ainsi que d’un journal de thérapie « Le Saut Nijinsky. Journal d’un éveil » (2015).

Extraits du Duetto J.M.G. Le Clézio, par Marc Alpozzo :

« Ah, c’était incroyable cette passion que je lui vouais ! Ah, qu’est-ce que j’ai pu en parler à ma mère, de ce Le Clézio-là. De ses initiales, qui me plaisaient tant. De son style. De ses histoires. De la mer. Des nomades. De la liberté. Du bonheur ! Ah, comme je me souviens de l’entendre, ma mère, systématiquement me répéter : « Mais bon sang ! Qu’est-ce que tu lui trouves donc à ce Le Clézio ? », elle qui n’ouvrit jamais un seul de ses livres… »

« Grâce à Le Clézio, je découvris les aspects profonds du mythe, la transformation par le voyage ; je découvris l’ailleurs, et l’écriture des marges. Il était mon contemporain, et dans le même temps, il m’apprenait à dépasser les limites de mon époque : il m’invitait à aller chercher des réponses à mes questionnements dans l’éthique, l’épistémologie et l’esthétique des autres civilisations, parfois très anciennes, ou aujourd’hui disparues. Il m’apprenait à vivre dans les marges. »

Extrait du Duetto Patrick Modiano, par Marc Alpozzo :

« C’est encombrant la mémoire. Cela nous force à nous retourner constamment, à toujours regarder en arrière. Quand elle est à trous cela devient tragique. On ne peut jamais porter ses yeux sur l’avenir. Il y a comme une obsession, une hantise à reconstruire le puzzle en entier, à combler chaque trou, cela prend une vie, et on ne parvient jamais à se détacher de ce moi ancien, ce récit embrouillé que chaque jour on se répète, en bégayant, sans trouver jamais le mot juste, car nous sommes encore trop saturés de maux, alors on continue, inlassablement, comme si l’on écoutait pour se faire du mal la même chansonnette une vie entière. Ces ombres et ces oublis successifs vous empêchant de parler, car il y a ce mal-à-dire, on écrit, on empile les livres. « À mesure que les années passent, les livres se succèdent et les lecteurs parleront d’une « œuvre ». Mais vous aurez le sentiment qu’il ne s’agissait que d’une longue fuite en avant », déclara Modiano à Stockholm.

Le passé est encombrant.

Il nous attache à quelque chose qui n’est plus nous, qui ne l’a peut-être jamais été…

C’est ce que j’ai compris aujourd’hui, par les livres de Modiano. »