À propos de...

Laurence Biava

Un extrait du Duetto François Mauriac :

« Je vous aime Mauriac, parce que, oui, vous fûtes cet immense poète de la lande girondine. Si les pins parlaient le langage des hommes, ils auraient beaucoup à nous dire. Et s’ils marchaient comme les hommes, ils défileraient dans les rues de nos villes pour crier leur détresse. Quelle détresse ? Par une démarche unitaire, ils exigeraient publiquement que leurs justes revendications de travailleurs soient prises en compte. Travailleurs, en effet, ils l’ont été à la sueur de leur tronc. Pendant des siècles, les hommes en ont fait des écorchés vifs avec l’acharnement de vampires qui sucent le sang. Vous ne vous y êtes pas trompé, cher Mauriac, qui avez eu tant de considération pour eux. Vous écriviez : « Les pins, j’ai aimé comme des vivants, ces martyrs. » Et ces pins s’ils avaient eu les idées des hommes, ils se constitueraient en syndicats. Malheureusement pour eux, leur statut social, donc inégalitaire, est tributaire du caprice des hommes qui les asservissent de manière diverse. François Mauriac, mon écrivain adoré, moins d’un siècle plus tard, vous avez réinventé la poésie de la forêt. De la forêt landaise, vous avez fait un sanctuaire. Vous l’avez qualifiée d’immense cathédrale jusqu’à la mer dont chaque colonne vivante recèle un parfum. Le parfum serait-il la façon des pins de nous interpeller ? Leur détresse ? Peut-être de ne pouvoir s’enlacer deux à deux comme les hommes et les femmes quand ils s’aiment. »