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Jean-Paul Ceccaldi

NOUVELLES LECTURES- Comment définiriez-vous votre roman ?

JEAN-PAUL CECCALDI- Il s’agit d’un polar mêlant thriller et enquête policière. Si l’enquête arrive souvent à répondre à la série de questions quoi, qui, où, quand, comment… celle du pourquoi est plus complexe surtout lorsque l’on a affaire à un tueur en série. Elle renvoie à la personnalité d’un criminel et à son mobile. Elle renvoie aussi l’enquêteur à lui-même et à ses doutes. Le pourquoi ouvre des boîtes de Pandore.

NOUVELLES LECTURES- Il y a un roman dans le roman… Et ce roman annonce les crimes à venir… ?

JEAN-PAUL CECCALDI- J’ai voulu que mon histoire débute par le manuscrit d’un tueur qui s’adresse à l’enquêteur. Ce dernier est donc devant une fiction qui annonce une réalité criminelle à venir. Il entre dans son enquête policière comme dans un thriller. Il a des aveux mais pas encore de crimes. Pour sortir de la fiction, il lui faut des victimes. Tout cela chamboule la trame habituelle d’une enquête jusqu’à la découverte du premier meurtre.

NOUVELLES LECTURES- Votre expérience professionnelle de commandant de police a-t-elle été déterminante dans l’écriture de cette histoire ?

JEAN-PAUL CECCALDI- Dans « La rose est sans pourquoi », ma connaissance de l’enquête judiciaire a son importance mais j’espère que le lecteur y trouvera d’autres intérêts. Une expérience quelle qu’elle soit ne vaut que par un retour sur soi-même et les réponses que l’on n’a pas trouvées. Elle ne vaut que si l’on continue à s’interroger. Le titre est « la rose est sans pourquoi ». La première question que l’on se pose est « Pourquoi la rose est-elle sans pourquoi » ? Angelus Silesius, auteur de cette citation, explique qu’elle fleurit parce qu’elle fleurit, elle ne se soucie pas d’elle-même, elle ne demande pas si on la voit. Peut-on être un tueur sans pourquoi ? Tuer parce que l’on tue ? Les mobiles ne sont-ils que des prétextes ? Voilà des questions parmi d’autres qui peuvent tarauder un enquêteur et le pousser à écrire des polars. On peut trouver des réponses dans la fiction que l’on n’a pas trouvées dans la réalité.

Une expérience quelle qu’elle soit ne vaut que par un retour sur soi-même et les réponses que l’on n’a pas trouvées

NOUVELLES LECTURES- Votre personnage est un Corse et cela n’est pas un détail… Dites-nous pourquoi.

JEAN-PAUL CECCALDI- Mathieu Difrade est corse par la part non cartésienne de lui-même, son attachement profond au passé humain de l’île, son humour peut-être et sa façon de prendre la vie avec philosophie. Il vit sa corsité sans chauvinisme. Il la revendique, certes, mais il l’assume aussi. Le Corse vit entre l’humour et le drame, l’acceptation et la révolte. C’est cela qui doit transparaître dans le personnage. Le flic est pragmatique et lucide. Le Corse revendique son droit aux chimères et à la révolte. Il a une identité nationale et une identité professionnelle. Il a aussi une identité généalogique avec sa terre et sa culture. C’est dans cette culture qu’il a grandi et elle l’a aidé à grandir. Elle est sa source. Il est un flic corse comme ses collègues insulaires. Cette différenciation faite dans leur milieu professionnel les pousse à la solidarité sur le continent. Toutefois il ne s’agit pas d’une identité à rebours mais de racines et de communauté de pensée. Pour moi, il est naturel que le personnage de Mathieu Difrade soit corse. Le flic que je connais le mieux c’est moi-même et mon entourage professionnel le plus proche a toujours été corse. Bien sûr, il s’agit d’un héros de papier. Il est né de mon expérience. Il m’est familier. En outre sa « corsité » est l’occasion pour moi de parler de la Corse, pays que je connais mieux que le Limousin ou la Bresse. L’action ne se passe pas en Corse dans tous mes romans. Par exemple, dans « La rose est sans pourquoi », l’enquête se déroule à Nogent sur Marne et Paris. Félix Castan, l’incarnation de l’humaniste occitan ouvert au monde et à toutes les  différences, a écrit que «le fait d’être de quelque part donne conscience que chaque homme est un centre du monde.» Je partage avec d’autres auteurs corses le même tropisme pour l’île, mais une île tournée vers le monde.

NOUVELLES LECTURES- Qui êtes-vous ? Pourquoi écrivez-vous ?

JEAN-PAUL CECCALDI- Mon enfance, c’est La guerre des boutons et Les 400 coups. Mes héros ne sont pas des flics mais D’Artagnan, Lagardère, Pardaillan, Davy Crockett, l’indien Winetou… et bien sûr dans la BD, l’illustre Tintin pour n’en citer qu’un. La télévision n’est arrivée chez moi qu’à mon adolescence. Mon frère aîné lisait beaucoup la SF et les romans policiers. J’ai puisé dans sa bibliothèque où se côtoyaient notamment des romans de la Série noire et du Masque mais aussi des SAS et des San Antonio. J’y ai découvert les auteurs américains mais aussi des auteurs français comme Pierre Véry, José Giovanni… L’élément évident est ma carrière en police judiciaire au cours de laquelle j’ai écrit de nombreux rapports d’enquête et continué à lire des polars. J’ai eu envie d’inventer des histoires policières dans lesquelles mon identité corse prendrait sa juste part au moment où je quitterai une identité professionnelle qui a alimenté mon imaginaire. C’est ainsi qu’est né Mathieu Difrade, le Flicorse. Après un roman policier et l’invention du Flicorse, je me suis essayé au thriller au moment où Jean-Pierre Orsi et Ugo Pandolfi m’ont contacté pour organiser dans le cadre de l’association Corsicapolar, le premier festival du polar corse et méditerranéen en 2007. Nous en sommes cette année à la 8ème édition. J’ai écrit sept romans et coécrit un 8ème avec Ida Der-Haroutunian. J’ai participé à plusieurs recueils collectifs. J’écris parce que j’aime ça. Par ailleurs, l’écriture structure la pensée et aide à réfléchir comme la lecture. Je lis et j’écris. C’est devenu complémentaire.

NOUVELLES LECTURES- Qu’aimeriez-vous partager avec les lecteurs en priorité ?

JEAN-PAUL CECCALDI- J’attends du lecteur non pas un rôle passif mais une lecture intelligente, donc critique. Je pense qu’un roman s’écrit avec le lecteur. La lecture est indissociable de l’écriture. J’espère trouver chez les lecteurs quelques connivences. Et, si j’ai quelque chose à partager avec eux, en priorité, c’est l’envie de connaître le pourquoi de toute chose. Et puis j’écris d’abord comme je lis, c’est-à-dire par plaisir. Alors, ensuite, si ce plaisir est partagé, j’en suis comblé.