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Photo : David Ignaszewski

Fabrice Lardreau

Extrait du Duetto Vladimir Nabokov, par Fabrice Lardreau

Aussi banal que cela puisse paraître, V.N. m’a appris à (réellement) lire, c’est-à-dire à savourer toute la beauté, toutes les dimensions possibles contenues dans une œuvre littéraire. L’attention aux détails, au style et à la structure, le réflexe de visualiser les lieux où se déroule l’histoire, tout cela illumine le texte, lui confère son plein relief. À la manière d’un acteur donnant le ton d’une pièce, les conseils nabokoviens permettent au lecteur d’enchanter à son tour le roman, de glisser dans une réalité en quelque sorte augmentée… Bien entendu, ce monde romanesque est fragile, fugace : le lecteur (du moins en ce qui me concerne) n’est pas toujours dans les dispositions idéales pour savourer pleinement la texture des mots et leur agencement, tel que V.N. le voudrait – la concentration vacille, subit des éclipses, atténuant le projecteur intérieur, mais l’intention est là.

À peine initié, j’ai tenté d’appliquer au mieux ces conseils aux romans de Nabokov, dont j’ai acheté les livres en masse. Juste retour des choses ? Je ne me lancerai pas ici dans un énième essai sur l’auteur d’Ada, n’ayant aucune compétence ou légitimité. Je parlerai simplement d’éblouissement, de plaisir à la fois sensuel et intellectuel – ce fameux « frisson révélateur », situé d’après Nabokov dans la moelle épinière, centre de la jouissance littéraire. Ce lieu organique, je dois l’avouer, demeure encore abstrait pour moi : j’ai beau tâter ma nuque en lisant, je visualise mal sa texture. Qu’importe… V.N. écrit quelque part (je cite de mémoire, n’ayant pas retrouvé la référence) que le talent d’un auteur se mesure à la sophistication de ses métaphores : le génie littéraire, poète en puissance, transmute le vivant en matériau verbal… Entrevus sous cet angle, les romans nabokoviens dessinent un continent magique dont je ne peux, et ne veux choisir aucune parcelle : j’ai adoré tous ses livres, des plus amples aux plus courts, qu’ils appartiennent à la période « russe » ou « américaine » !