À propos de...

Photo : Isabelle Levy-Lehmann

Ariane Charton

Extrait du Duetto Stefan Zweig, par Ariane Charton

« Il y a quelque chose de puissamment sensuel mais aussi de féminin chez Zweig comme il le reconnaît lui-même et il en jouait pour séduire ses lectrices. Cette sensualité passe dans sa façon d’écrire, d’envelopper le lecteur. Comme je lisais ses textes traduits en français, je me demandais si cette impression si forte était due à une excellente traduction ou au style de Zweig lui-même (l’allemand en effet me paraissait être une langue lourde et bien peu sensuelle). Quelques années plus tard, pour répondre à mon interrogation et sans doute me rapprocher encore de Zweig, je me suis mise à apprendre l’allemand toute seule avec L’Allemand en 60 leçons et un dictionnaire pour apprendre chaque jour une page de mots. Au bout de quelques mois, je suis parvenue à lire assez naturellement la première page d’Amok en allemand. Et là, j’ai senti que j’étais emportée de la même façon, preuve que c’était bien le style de Zweig qui faisait tout. La lecture d’autres auteurs autrichiens par la suite me fit comprendre qu’à la différence des Allemands, les Autrichiens manient la langue avec plus de légèreté.

Cette sensualité de Zweig troublait l’adolescente que j’étais. Un jour, ma grand-mère maternelle me vit avec mon volume de Pochothèque et me dit qu’elle se rappelait avoir vu dans les vitrines des librairies les livres de Zweig à Leysin en Suisse, là où elle avait passé sa jeunesse. Il me semblait que ce détail me rapprochait de lui, puisque ma grand-mère à défaut de voir Zweig avait vu ses livres exposés comme des nouveautés. En lisant ses lettres avec sa première femme Friderike ou encore son Journal, quand il parle de son long séjour à Paris et son idylle avec Marcelle, je ressentais un véritable trouble amoureux. Au fond, j’étais un peu cette jeune fille qui s’éprend d’un écrivain inaccessible dans La Lettre d’une inconnue, le second texte que j’ai lu de Zweig et qui m’a encore plus bouleversée qu’Amok. »